Océanie

Eugénie Dumont, réalisatrice d’Heritage Fight

Eugénie Dumont, réalisatrice d'Heritage Fight

Engagé et respectueux, le film Heritage Fight est à l’image de sa réalisatrice, Eugénie Dumont. C’est dans un petit café parisien qu’elle a eu la gentillesse de me raconter l’histoire de « ceux qu’on est venu perturber en plein bonheur ». Un documentaire choc, bien loin des clichés touristiques de l’Australie, où les images et la musique donnent envie de danser avec le plus ancien peuple vivant sur terre.

« Je suis partie de France en colère »

C’est avec le livre de Message des hommes vrais eu monde mutant de Marlo Morgan que j’ai découvert la culture aborigène. Leur capacité d’entrer en transe grâce au temps du rêve m’a rendu curieuse. Je suis partie de France en colère contre une certaine idée qu’on impose à tous, le capitalisme. Il a fallu que j’aille voir par moi-même ce que ces gens avaient à m’apprendre sur mon mode de vie.

« L’Australie, c’est avant tout un monde ancien »

Il s’agissait pour moi au début d’établir un échange. Je suis partie en Australie dans le but de venir en aide à une communauté, pour qu’ils aient un média qui vienne soutenir une position, une cause. Quand je suis arrivée à Sydney, j’ai découvert une « ville du monde », pas l’Australie. L’Australie, c’est un monde ancien, la poussière rouge, des paysages époustouflants, hyper variés, avec une faune unique au monde.

« Broome fut pour moi un endroit unique »

Dès que je suis arrivée à Broome, je me suis sentie hyper bien, apaisée.  Il se passait quelque chose de très bizarre : les blancs et les aborigènes communiquaient entre eux. Broome est vraiment un endroit unique. Un beau jour j’étais dans mon 4×4, un homme est venu me voir, on a parlé, et au bout de 2 heures, il me dit : « je crois qu’une femme t’as attendue toute sa vie ». Et cette femme, c’était Teresa Roe.

 « Il a fallu que je m’inscrive dans leur temporalité »

Les aborigènes sont des gens prudents. Lassés des médias traditionnels, il m’a fallu avoir leur confiance. J’ai rencontré un à un les membres de la communauté : Teresa, puis Joe Roe. Ils m’ont parlé de ce qui les menaçait, la pression de voir leur espèce en voie d’extinction. Ils m’ont invité à vivre sur leur terre, à partager leur quotidien. Il a fallu beaucoup de temps pour créer ce film.

« Ce sont des gens qu’on est venu perturber en plein bonheur »

Le maître mot, c’est le respect. Leur adage, c’est « Looking after country ». C’est de protéger la vie sous toutes ses formes. C’est un peuple d’une extrême sagesse. Malgré ce qu’ils ont subi, ils arrivaient à prendre le recul nécessaire et ne pas avoir de haine pour les blancs.

« Ils m’ont considéré comme leur petite fille »

J’ai été accepté en deux temps par la communauté. Pour les repérages, j’ai vécu progressivement avec eux. Pendant la phase de tournage, c’était différent. Il a fallu que je fasse ma place, ça s’est fait naturellement. Au fil de nos péripéties, j’ai pleuré derrière ma caméra un nombre incalculable de fois parce que c’était trop dur. Finalement, ils m’ont considéré comme leur petite fille.

« Leur sagesse est universelle »

Le père de Teresa avait compris que perdurer ne pouvait se faire qu’en échangeant avec les blancs. Teresa est née dans la bush. Elle a vécu près d’un siècle de technologie. Les aborigènes ont un message très fort qu’il faut que nous occidentaux nous écoutions. Leur sagesse est universelle.

« La police a ouvert ma voiture pour me voler mes rushs »

Quand le gouvernement australien a demandé pardon aux aborigènes il y a quelques années, toute la communauté internationale a applaudi. Mais la situation est pire aujourd’hui. On peut parler de génocide. Les forces de police étaient un instrument de la compagnie pétrolière contre les aborigènes. J’ai vécu des pressions, je me suis fait arrêter plusieurs fois. La police a ouvert ma voiture pour me voler mes rushs. Ils m’ont harcelé. Ils ont jeté mon permis de conduire dans la brousse. Pourtant, à chaque fois qu’il y a eu des procès, ils ont été favorables à la communauté aborigène.

 « Quand j’arrive sur le sol australien, je suis chez moi »

Ca a complètement changé ma vision de la vie. Ca a apaisé énormément la colère que j’avais de la société. Ce que voudrait les aborigènes, c’est la paix dans le monde. Cette quête de la croissance dans le monde occidental n’a aucun sens.

« La musique chez les aborigènes, c’est la vie ! »

La musique, c’est fondamental. Le son, c’est la manifestation de la vie. Chaque chose a une identité sonore. La première forme de musique, c’était de taper dans ses mains ou de battre le rythme avec deux boomerangs.  Les aborigènes sont des gens heureux, sereins, extraordinaires. Un des aborigènes m’a dit un jour : « on a tous besoin d’un endroit où danser et chanter ».

Le film Heritage Fight sort le mercredi 8 octobre 2014. Je vous conseille d’aller visiter le site dédié où de nombreux extraits et photos du documentaire sont visibles : heritagefight.com

 

Interview réalisée par Sébastien

Insatiable amateur de grands espaces, Sébastien a parcouru plus de trente pays sur les 5 continents. Ses destinations favorites : le désert australien, le cercle polaire, la Terre de Feu, la chaîne de l’Himalaya. Fondateur de MixCity Radio, il anime l'émission "Les voyageurs du monde".


Je prends ma plus belle plume et j'ajoute un commentaire :





  1. Le 27/4/2016
    → Jeanne

    Un très beau documentaire, merci pour l’interview!

  2. Le 12/6/2016
    → Sébastien

    Merci Jeanne :-)